La frivolité et l’amour triomphent toujours des guerres : arrêtons de nous plaindre

Je suis nostalgique des époques que je n’ai pas connu car le monde dans lequel je vis ne me fait pas tellement rêver. Cette réflexion choc, je me la suis faite récemment. Je me demandais pourquoi j’aimais tant le 18ème siècle, la Belle Epoque, les années folles et les années 50 et en analysant les clichés qui m’ont fait fantasmer, je me suis penchée aussi sur des siècles et des décennies en demi-teinte. A chaque période, son carnet de doléances.

Si on regarde de près le 18ème siècle, les grands bals, les artistes, l’essor de l’art de vivre à la française : c’est ce que l’on veut bien retenir. Les scènes de galanterie nous ravissent le coeur mais cela n’est pas un arrêt sur image qui concerne la majorité de la population de l’époque. Fragonard a su à merveille représenter la légèreté et l’insouciance bourgoise…

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En réalité, la médecine n’était pas au point, l’insécurité était là et la lutte des classes existait belle et bien. Le peuple français n’était pas plus heureux qu’aujourd’hui, il manquait de presque tout mais se réjouissait du minimum. On était conscients que la vie était courte et qu’il fallait profiter de l’essentiel. La Révolution française aura mis fin à cette période faste royal et aura eu son lot de décapités. Et la Terreur, on en parle ?

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La Belle Epoque est une période très heureuse : évolution des moeurs, progrès technologiques et scientifiques, prospérité mais on oublie à quel point les conventions sociales pouvaient être pesantes. Le fut la grande époque des mondanités parisiennes mais aussi l’âge d’or des cocottes et des courtisanes. Liane de Pougy, La Belle Otero mais encore La Païva se faisaient offrir des montagnes de bijoux. On a aussi tendance à oublier que celles qui ne s’en sortaient pas, finissaient esclaves de maisons closes. Cette peinture ci-dessus « Rédemption » de Julius Leblanc Stewart évoque la sortie d’une jeune femme du monde du sexe et de la dépravation. Elle réussit à se racheter une « virginité » et à entrer dans un monde plus conventionnel.

Paris des années folles - Doisneau

Les années folles, sont une période d’après-guerre. Les poilus sont morts dans les tranchés, la France est meurtrie. C’est une période brève et intense avant la seconde guerre mondiale. On ne peut pas dire qu’il y ait eu une folle insouciance, il s’agissait plutôt d’une envie générale de s’enivrer des plaisirs de la vie pour oublier la tragédie. On se grise, on s’enthousiasme, on sort, on danse, on flirte, on fait la fête comme pour se moquer de l’ennemi. Le Paris des années folles est frivole, il fuit la morosité et le drame. Les danseuses de cabaret égaient le moral des français : Misstinguett, Josephine Baker sont les reines de Paris. Les clichés de Doisneau dépeignent à merveille la coquetterie de l’époque car les femmes redécouvrent leur féminité autrement, sans corset, avec des robes plus courtes et une allure garçonne assumée. De Montmartre à Montparnasse on danse, on rit, on boit, comme si demain n’existait pas. Théâtre, cinéma, littérature, radio, mode : les arts explosent tel un grand feu d’artifices. Mais le feu des canon ne tardera pas à mettre fin à cette période d’éphémère euphorie.

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Et puis les années 50, celles qui ont glorifié les Etats-Unis. Après la pluie le beau temps, la France se reconstruit avec pour mot d’ordre un grand « plus jamais ». Blessée par l’atrocité nazi, elle ose regarder à nouveau vers le ciel et aller de l’avant. C’est la grande époque de la pin-up, de la culture américaine (coca-cola, Juke-Box, le début du rock and roll). Elvis Pressley émeut ces demoiselles, Marylin Monroe fascine le monde entier. C’est l’âge d’or du cinéma américain, les Parisiens ont les yeux rivés sur la quintessence du glamour. The American Dream tient alors tout son sens.

Quelle conclusion et quel message je souhaite en retirer : arrêtons de nous plaindre de la société actuelle.

Nous vivons une époque difficile, certes. Le terrorisme fait rage dans nos villes et nos campagnes, nous ne sommes en sécurité nulle part, nous risquons de payer le prix fort des progrès technologiques sur notre santé, le chômage ne cesse d’augmenter, le célibat devient la norme et la précarité sentimentale semble féroce MAIS c’est à nous de faire de cette époque, une période frivole. Car oui, l’histoire l’a prouvé, la frivolité et l’amour triomphent toujours des guerres. Les français et les Parisiens ont la joie de vivre ancrée dans leur coeur, rien ni personne ne pourra enlever cela. Ne cessons pas de rêver, faisons comme nos aînés de l’entre deux guerres : profitons de chaque soirée comme si c’était la dernière, enivrons-nous de la chaleur humaine, créons du contact, aimons-nous, cultivons-nous pour sortir de l’errance…

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